Je me réveillai patraque. Enfin pas plus plus que d’habitude, se shooter à la coke ça ne pardonne pas au réveil.
Je m‘étirai, entendant mes os craquer. Je m’habillai en vitesse pour sortir de mon lit. Mon appartement était plongé dans l’obscurité, mais cela ne me dérangeait guère. Je vivais la nuit, désormais, changement de job oblige, et ça ne m’avait guère dérangé, j’aimais la nuit.
Dehors, le teint pâle de certaines personnes que je croisais m’effrayait un peu. C’est pas que je craignais de tomber malade, mais j’avais néanmoins gardé mes habitudes d’ancien malade chronique. J’avais été guéri depuis, j’avais déménagé, tout s‘était arrangé. Enfin presque tout. Cela faisait 10 ans que je bossais pour un vieux bonhomme, du genre intellectuel, bien sapé, snob… Il me semblait toujours bien étrange, surtout que pour je ne sais quelle raison il était aussi bien éveillé que moi durant la nuit. J’ignorais tout de son boulot, mais je savais qu’il avait de la thune.
Avec d’autres gros bras, on avait pour boulot de garder sa demeure, une énorme villa hors de la ville. L’architecte avait du être aussi shooté que moi pour pondre une bâtisse pareille, complètement tordu, avec des tours et des pseudo-donjons partout. Il y avait même des souterrains, et les jardins étaient criblés de statues de bestioles plus moches les unes que les autres. Notre employeur nous avait donné comme consigne de toujours rester vigilant. De revérifier plusieurs fois les ombres si on y avait entendu du bruit mais rien vu.
J’y bossais depuis 4 mois. J’avais d’abord été instructeur pour la police, j’enseignais le close combat aux jeunes recrues, jusqu‘à ce que la maladie me touche. J’aurais jamais cru que je ferais parti des séropositifs un jour. J’ai toujours regretté d’avoir couché avec cette jolie brune à la sortie d’une boîte. Je ne me souviens pas de la nuit d’après. C’est pendant des examens habituels que les médecins eurent un doute et découvrirent mon état. J’ai décidé de quitter mon job pour suivre un traitement et quelques mois plus tard je rencontrais par hasard mon employeur actuel.
Un de ses vigiles était grièvement blessé, et délirait en parlant de démons et de griffes. Effectivement, il semblait gravement blessé sur le torse, de ce que je pus voir avant de voir la porte se fermer et cet étrange bonhomme me parler. Il fut intéressé très vite lorsque je lui ai raconté ma vie. Et il m’a dit qu’il avait un remède. J‘étais désespéré. Je l’ai cru. Et j’ai eu raison. Le liquide qu’il me fait boire régulièrement depuis me fait un bien fou. Je suis toujours séropositif d’après les médecins, mais ils ne s’expliquent pas comment je peux me sentir bien.
Bref, vous comprenez que depuis je l’ai suivi dans sa nouvelle demeure. J’ai aidé aux déménagements de ses affaires, de vieux bibelots usés, des armes de collection, spécialement des épées en argent ou d’autres serties de gemmes et pleines de gravures dans un langage que je connaissais pas. Il avait décoré les souterrains de cercueils, de toutes formes, toutes tailles. Les tableaux qu’il avait étaient tous étranges, parfois sordides, parfois tristes, souvent effrayants. Et ce soir, lorsque je franchis les grilles de la demeure et me dirigeai vers mon poste, je souris, car ma nouvelle vie me plaisait vraiment.
Je commencai ma ronde, comme d’habitude. Notre boss ne m’avait jamais dit son nom, sa boite aux lettres n’en avait pas. Il serait absent au début de la nuit, car il avait apparamment une réunion mondaine à laquelle il devait aller. La nuit était calme. La lune pleine éclairait très bien les alentours, et les ombres se faisaient plus rares que d’habitude. Je croisais un collègue, lui faisant un petit salut. Puis soudain, j’entendis un rugissement, dans un bosquet (la demeure était parsemée de petits arbustes et de forêts). Une forme se dirigeait vers la demeure, et un de mes collègues était tout près.
Sans qu’il eut le temps de réagir, et alors que je m‘élançai vers la forme, mon collègue n‘était plus qu’un tas de chair rougeoyant. Je me stoppai, effrayé. La forme commençait à frapper contre le mur de la demeure. Je sortis l’arme que nous avions tous obtenu de notre employeur et la pointait vers la créature. Car c‘était bien cela. Très grande, massive, musclée, et pleine de poils gris, de griffes, de crocs, de rage … Je tirai.
pssscchhh
Le son que produisit ma balle en pénétrant la chair de cette chose m‘étonna, et la créature hurla dans la nuit. Je compris alors ce que c‘était mais ça ne pouvait pas être vrai ! Impossible ! Mais par réflexe, alors que la créature avait fait mine de commencer à descendre, je courai vers des collègues, pour que l’on soit plusieurs à blesser le loup-garou. Car ça ne pouvait être que ça. Et ma balle l’avait juste blessée, pas tuée. Loin de là.
Je sentais les pas lourds de la créature dans mon dos. Elle me poursuivait. Je tournai sur l’angle de la demeure, entendit des griffes crisser sur le sol derrière moi. Le loup garou glissait sur les pavés marbrés du chemin. Des collègues arrivaient, ainsi que trois personnes que je n’avais pas vu jusque là. Ils semblaient se déplacer très rapidement, et ils fonçaient droit vers la créature. Je leur fis signe de s’arrêter, qu’ils n’auraient aucune chance, quand je remarquais un détail. Alors qu’ils couraient vers moi, les yeux se mirent à rougeoyer, des griffes remplacaient leurs ongles, et je levai mon arme.
Je fus alors envoyé bouler par l’un des trois trucs, et je les vis affronter la créature. Je ne comprenais pas. Ils n‘étaient pas des monstres, comme elle ? Mes collègues allaient intervenir, quand un autre loup garou arriva derrière eux, le museau fumant, de la bave sur les babines. Je visais et vidais mon chargeur sur la bête, les alertant ainsi du danger qui venait vers eux. Ils tirèrent également mais furent vite réduits en petits morceaux de chair sanguinolente. Je dus faire d’immense effort, et me concentrer sur le rechargement de mon arme pour ne pas vomir. Je tirai à nouveau un chargeur complet sur la créature. Cela la ralentit.
C’est alors que je jetai un coup d’oeil sur l’autre loup-garou. Il était encerclé par les trois choses qui arrivaient avec peine à le combattre. Je rechargeais à nouveau, tirais sans m’arrêter sur le loup garou blessé. Chaque balle semblait le ralentir davantage, il semblait de plus en plus hésitant mais … il fonçait toujours vers moi. Je me mis à courir, encore. Je n’avais plus de chargeurs. Il y en avait dans la salle de repos des gardes, dans l’arrière du jardin. En y fonçant, je cherchai les clefs. Derrière moi, encore, des pas lourds, mais plus lointain. J’ouvrais en vitesse la porte, me demandant comment je parvenais à garder mon sang froid. La créature ne pouvait pas passer par la porte, mais le bois de l’abri ne tiendrait pas longtemps. Je trouvais d’autres chargeurs, les mit dans ma poche sauf un que je mis dans l’arme.
A nouveau, je vidais un chargeur. La créature broncha, hurla à nouveau, ce qui était assourdissant d’aussi près, quand elle fit une drôle de “tête” si l’on pouvait dire ça. Puis elle chercha à sortir, et je la vis littéralement décoller du sol, projetée à quelques mètres, par l’une des choses qui avait attaqué l’autre. J’allais crier, quand l’aspect de l’autre personne redevint normal, et qu’elle me tendit un fusil à pompe, et des balles d’une couleur inhabituelle.
“L’argent, ça marche mieux. Couvre-moi.”
Et il se changea à nouveau, pour affronter la bête. Je sortis, machinalement, chargeant l’arme. Le combat entre ces deux monstres était impressionnant. Le loup garou était plus grand et plus fort, mais l’autre plus rapide, plus vif, plus réfléchi. J’attendis une ligne de mire, en m’approchant près, et je tirai. La déflagration fut grande, et le loup garou eut visiblement vraiment mal ce coup-ci. L’autre put alors le griffer profondément dans le cou pendant qu’elle tombait. Je tirais encore quand l’autre me stoppa d’un geste.
“Faut s’occuper de l’autre. Viens. C’est presque fini.”
En effet, l’autre loup-garou était bien abîmé par les coups de griffes des deux autres trucs. Je chargeai mon arme, m’approchant en courant. Une fois tout près, je tirai. La bestiole tomba, et les trois furent sur elle, la déchiquetant. Puis tous, quand la bestiole mourut, reprirent un aspect tout ce qu’il y avait de plus humain. On y discernait juste certains traits animaux.
“T’as bien bossé, mon gars. Je crois que son Excellence va être content de toi. T’auras peut-être même une grosse récompense.”
Quelques minutes plus tard, en effet, mon boss revenait, apparamment calme mais inquiet. Il regarda les autres corps dans ses jardins, que les “trucs” étaient en train de déplacer. Il me fixa d’un oeil étrange.
“Je crois que je te dois quelques explications. Sans toi, j’aurais peut-être perdu plus de subordonnés.”
Le soir même, il me parla de beaucoup de choses. Lui même était un vampire, d’après ce qu’il me dit. Et c‘était bien des loups garous, ne sachant pas qu’il ne serait pas chez lui et qu’il avait d’autres vampires comme gardes, qui nous avaient attaqués. Il m’expliqua que les vampires n‘étaient pas comme dans les films. La plupart ne tuait pas les humains, car sinon ils mettaient en danger leur existence. En effet, les vampires ne sont pas tout à fait immortels. La lumière, quelques balles au phosphore, et finie la vie éternelle. De plus, lui et les siens n‘étaient pas les seules créatures de la nuit, d’autres existaient. Il m’avoua enfin que si j’allais mieux depuis quelques temps, c’est parce que le médicament qu’il me donnait était en fait un peu de son sang. Que cela me renforcait, me rendait un peu plus résistant, rapide, que les mortels “normaux”. Enfin, alors que sous le choc et la fatigue ma tête me tournait, il me dit qu’il voulait me faire un cadeau, me rendre comme lui.
J’eus peur. J’hésitais pendant une semaine, continuant à garder la demeure. Etait-ce réel ? En l’observant, je m’en rendis compte, et je me demandais comment je n’y avais pas pensé avant. Et les personnes blafardes, dans les rues ? Des vampires ? Finalement, ma curiosité, la peur de mourir du sida … J’acceptai le dernier soir. Et lorsqu’il me mordit, qu’il but mon sang jusqu‘à la dernière goutte, tout ce que je ressentis fut une énorme extase, et je m‘évanouis.
Je repense à tout ça à l’instant, je viens de me réveiller, et je sens le changement. Depuis un mois, au fond de moi, se terre une bête comme celle que les vampires qui servaient de gardes avait montré, extériorisé. La contrôler n’est pas trop difficile, et je repense à la période pendant laquelle j‘étais humain pour me raccrocher à des principes moraux. Je m‘étais nourri, déjà. Une jolie étudiante, un soir. Une extase comme je n’en avais jamais connu. Ma victime avait visiblement ressenti la même chose. Je l’avais reconduite chez elle, et était retourné voir mon sire. Car c’est comme cela que l’on appelait le vampire qui vous avait étreint. C‘était un vampire du clan Daeva. Nous avions pour particularité de charmer facilement, de décupler notre force, et de contrôler légèrement (du moins à mon niveau) des humains.
Le Requiem, ainsi appelait-il la non-vie éternelle qui s’offrait à nous, était longue, et certains vampires s’isolaient, tandis que d’autres se regroupaient, pour ne pas passer leur vie seuls. Mon sire avait donc régulièrement des rapports avec des gangrels, des vampires proches des animaux, et certains l’appréciaient et travaillaient pour lui.
Maintenant je fais partie de tout ça. Je ne crains plus les maladies, la famine.
La soif, par contre …









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